Le gène des jumeaux du père ou de la mère : qui influence vraiment la conception ?

La gémellité dizygote, celle qui donne des « faux jumeaux », résulte de la fécondation de deux ovules distincts par deux spermatozoïdes différents au cours du même cycle. Cette double ovulation, appelée hyperovulation, dépend de mécanismes hormonaux propres à la mère. Le père, lui, n’intervient pas dans ce processus ovarien, ce qui redéfinit la place réelle de chaque parent dans la probabilité d’une grossesse gémellaire.

Hyperovulation maternelle : le mécanisme génétique central

Pour qu’une grossesse dizygote survienne, il faut que l’organisme maternel libère au moins deux ovocytes matures au cours d’un même cycle. Ce phénomène repose sur la régulation de la FSH (hormone folliculo-stimulante), qui pilote la maturation des follicules ovariens.

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Des travaux publiés à partir de 2016 ont identifié des polymorphismes sur les gènes FSHB et SMAD3, directement liés à la production de FSH et au développement folliculaire. Des analyses génomiques complémentaires ont ensuite mis en évidence au moins quatre autres gènes associés à la conception de jumeaux dizygotes : GNRH1, FSHR, ZFPM1 et IPO8, tous impliqués dans la réponse ovarienne aux gonadotrophines.

L’ensemble de ces variants dessine un profil génétique maternel de « super-ovulatrice », selon une synthèse parue dans Sciences et Avenir reprenant une étude de Human Reproduction. Concrètement, une femme qui porte plusieurs de ces variants a une probabilité accrue de libérer deux ovules simultanément, et donc de concevoir des faux jumeaux.

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Quand on s’interroge sur le gène des jumeaux du père ou de la mère, la réponse tient dans cette mécanique : seul l’appareil reproducteur maternel décide du nombre d’ovules disponibles à la fécondation.

Généticien en blouse blanche étudiant un diagramme d'ADN dans un laboratoire de recherche

Gémellité dizygote et rôle du père : une influence indirecte

Le père ne produit pas d’ovules. Sa contribution génétique ne peut donc pas provoquer directement une double ovulation chez sa partenaire. Un homme issu d’une famille de jumeaux dizygotes ne transmet aucun signal hormonal capable de modifier le cycle ovarien de la mère.

Son rôle reste toutefois indirect. S’il porte des variants génétiques liés à l’hyperovulation (hérités de sa propre mère), il peut les transmettre à ses filles. Ces filles pourraient alors, à leur tour, avoir une probabilité plus élevée de concevoir des jumeaux dizygotes.

Le père agit comme un vecteur silencieux de gènes maternels d’hyperovulation. Ce mécanisme explique pourquoi certaines familles comptent des jumeaux « du côté du père » sans que celui-ci ait joué un rôle direct dans la grossesse gémellaire. La gémellité a simplement sauté une génération, passant de la grand-mère paternelle à la petite-fille.

Jumeaux monozygotes : ni le père ni la mère n’ont de rôle génétique établi

Les jumeaux monozygotes (vrais jumeaux) se forment quand un seul ovule fécondé par un seul spermatozoïde se divise spontanément en deux embryons. Ce clivage produit deux individus partageant le même ADN.

Contrairement à la gémellité dizygote, ce phénomène ne semble obéir à aucune composante héréditaire identifiée. La division de l’embryon reste considérée comme un événement aléatoire, sans lien avec les antécédents familiaux de l’un ou l’autre parent.

La distinction entre les deux types de gémellité est donc fondamentale pour répondre à la question de l’hérédité :

  • La gémellité dizygote dépend d’un terrain génétique maternel transmissible (gènes FSHB, SMAD3, GNRH1, FSHR, ZFPM1, IPO8)
  • La gémellité monozygote ne répond à aucun déterminisme génétique connu, ni maternel ni paternel
  • Le père peut transmettre les variants d’hyperovulation à ses filles, mais sans effet sur sa propre partenaire

Facteurs non génétiques qui modifient le taux de grossesses gémellaires

La génétique maternelle n’explique pas tout. Plusieurs facteurs environnementaux et médicaux modifient la probabilité de concevoir des jumeaux dizygotes, parfois de manière significative.

Âge maternel et nombre de grossesses antérieures

Le taux de FSH augmente naturellement avec l’âge, ce qui favorise la maturation simultanée de plusieurs follicules. Les femmes de plus de 35 ans présentent une probabilité accrue de grossesse gémellaire par rapport aux femmes plus jeunes. Le nombre de grossesses antérieures joue aussi : les multipares ont statistiquement plus de chances de concevoir des jumeaux dizygotes.

Traitements de fertilité et procréation médicalement assistée

Les stimulations ovariennes (citrate de clomifène, injections de gonadotrophines) augmentent le nombre de follicules matures par cycle. La fécondation in vitro, lorsqu’elle implique le transfert de plusieurs embryons, élève mécaniquement le risque de grossesse multiple. Le nombre de naissances gémellaires a augmenté d’environ 30 % depuis les années 1980 selon une étude parue dans Human Reproduction, et les traitements de fertilité expliquent une part majeure de cette hausse.

Jumeaux fraternels assis sur un banc de parc en automne comparant leurs mains

  • La stimulation ovarienne peut multiplier le nombre d’ovocytes libérés, rendant possible la fécondation de deux, voire trois ovules
  • Le transfert de plusieurs embryons en FIV reste la cause la plus directe de grossesses multiples médicalement induites
  • Certains pays ont modifié leurs protocoles pour limiter le nombre d’embryons transférés, réduisant les grossesses triples et quadruplées

Hérédité des jumeaux : ce que la génétique permet réellement de prédire

Avoir des jumeaux dans sa famille ne garantit rien. Les variants génétiques identifiés augmentent la probabilité de double ovulation, mais chaque cycle reste soumis à de nombreuses variables hormonales et environnementales.

Une femme porteuse de variants sur FSHB et SMAD3 n’aura pas forcément de grossesse gémellaire. À l’inverse, une femme sans antécédent familial connu peut concevoir des faux jumeaux sous l’effet de l’âge ou d’un traitement hormonal.

La prédisposition génétique crée un terrain favorable, pas une certitude. Et cette prédisposition, pour les jumeaux dizygotes, transite exclusivement par la lignée maternelle en termes d’effet direct. Le père ne fait que relayer ces gènes vers la génération suivante, sans impact sur la grossesse en cours. Les vrais jumeaux, eux, restent un phénomène que la génétique ne sait toujours pas anticiper.

Le gène des jumeaux du père ou de la mère : qui influence vraiment la conception ?